LA DÉPENDANCE AFFECTIVE DANS LE COUPLE :

 

 

« J'envoie à mon mari au moins 10 sms par jour pour lui demander s'il m'aime toujours. Je ne peux pas m'en empêcher, c'est plus fort que moi. Parfois il met un peu de temps avant de me répondre alors je lui en envoie un autre message pour lui demander pourquoi il ne me répond pas. Pendant ce temps là, je suis dans tous mes états car je déduis de ce silence qu'il ne m'aime pas. Je ne supporte plus cet état et on se dispute tous les soirs en ce moment quand il rentre de son travail... » a pu me raconter une jeune femme en couple avec un chef d'entreprise.

 

Introduction au concept de « dépendance affective »  et les conséquences pour un couple

 

L'Homme étant un « animal social », chacun d'entre nous a besoin de relations avec les autres. Si cela ne fait aucun doute sur le caractère normal, et donc non pathologique, de cette dépendance aux autres, il est des situations où la relation à l'autre, ou aux autres, entraîne bien des souffrances... La relation de couple en est peut être l'illustration la plus marquante lorsqu'un des membres du couple ne parvient pas à « exister » et à « vivre » sans la présence de l'autre à ses côtés, sauf à entraîner une détresse psychique particulièrement importante. On parle alors de dépendance affective.

 

Pour autant, la notion de «dépendance affective » mérite d'être d'ores et déjà distinguée d'une relation forte, voire passionnelle, que tout le monde peut connaître au cours de sa vie en terme d'expérience amoureuse. L'intensité du lien à l'autre ne saurait suffire à caractériser une situation de « dépendance affective ».

 

Pour comprendre ce que recouvre le concept de « dépendance affective », François-Xavier POUDAT, Psychiatre, invite à se référer aux critères de l'addiction :

  • l'incapacité de contrôle (« c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher... ») ;

  • l'envahissement du quotidien (« je ne pense qu'à lui/ elle...») ;

  • le caractère répétitif (« je lui envoie au moins 10 messages par jour pour lui demander s'il m'aime...» ;

  • les émotions fortes (« je suis dans tous mes états jusqu'à ce qu'il/ elle me réponde qu’il/elle m'aime ») ;

  • (…)

En fait, la personne n'a l'air d'« exister » qu'au travers de ses besoins répétitifs et permanents de l'autre. Par la présence de l'autre, elle cherche à combler le vide qu'elle a en elle, autre, sans lequel elle n'est rien. L'unique but de la vie pour le « dépendant affectif » est le lien affectif de la relation, qui est surinvestie, au détriment de tous les autres domaines de la vie et des autres relations.

 

L'origine de cette relation problématique remonte à la plus tendre enfance, dans les premières années de vie de l'enfant. Durant celles-ci, les parents n'ont pas réussi à conférer suffisamment de sécurité à leur enfant, pour qu'il explore sans crainte l'extérieur et les autres. L'enfant dit « insécure » va alors développer une relation de dépendance à l'égard de ses parents, qui, seuls, peuvent l'apaiser, le rassurer et ainsi faire disparaître la détresse psychique, qui peut se manifester par des crises de larmes, une agitation extrême, un repli important sur lui...

 

Dans ces conditions, l'adulte peut grandir et évoluer avec cette faille enfantine, d'autant si les circonstances le la vie ont validé l'hypothèse selon laquelle « le danger serait partout ». Ce besoin de réassurance permanente par l'autre peut perdurer à l'âge adulte, du fait de la reproduction de ce fonctionnement dans les relations avec les autres, y compris dans ses relations amoureuses. Dans ce cadre, l'enfant insécure n'est pas parvenu à se construire une identité psychique propre pour devenir un adulte sécure, qui n'a pas peur de la vie ni des autres.

 

Par conséquent, la personne qui ne sent pas en sécurité avec les autres va adopter deux types de choix amoureux : l'attachement dépendant (dépendance affective) ou le rejet de l'autre.

Pour ce qui concerne l'attachement dépendant, l'un des membres du couple va chercher à tout prix à être collé à l'autre. Il ne supporte pas, ou très difficilement, de ne pas être avec son conjoint, ce qui peut autrement faire naître des sentiments désagréables tels que l'insécurité, la peur et l'anxiété liées à la perte du lien affectif. En pareille situation, c'est la dépendance affective qui gouverne la relation de couple, au moins pour l'un des membres.

A l'inverse, puisque l'autre peut me rejeter, je refuse de m'engager dans une relation intime avec l'autre. Ce type de profil va pouvoir alors combler son vide avec le travail, le sport, les substances...

 

En tout état de cause, si la dépendance affective fait naître chez la personne qui la subit une détresse psychologique importante, elle peut être aussi insupportable pour le conjoint qui doit tout le temps rassurer l'autre pour n'importe quel sujet : sur le lien amoureux, le lieu ou il/elle était, la/les personne(s) avec lesquelles il/elle était...

 

Le membre du couple qui souffre de dépendance affective ne parvient nullement à se nourrir affectivement malgré les marques d'affection communiquées inlassablement par l'autre conjoint. C'est pourquoi il a besoin d'être nourri en permanence...

 

La prise en charge d'un dépendant affectif

 

Pour endiguer la souffrance des deux côtés du couple, la consultation d'un thérapeute est assurément vivement conseillée. Si la thérapie de couple peut être intéressante pour les problématiques qui concernent le couple, le travail sur la dépendance affective doit être entrepris à l'occasion d'une thérapie individuelle, en lien avec l'autre membre pour, notamment, lui expliquer le mal dont souffre son conjoint.

 

Le plan thérapeutique va consister à agir sur les comportements, les pensées et les émotions. Parmi les très nombreux outils qui existent, en voici quelqu'un qui peuvent être très efficaces pour se défaire de sa dépendance affective.

 

Action sur les comportements :

  • Apprendre à gérer les moments difficiles :

L'objectif est de remplacer le comportement addictif (ex : l'envoi de sms) par un autre comportement : prendre un livre, pratiquer un exercice de relaxation, appeler un ami...

  • Technique de résolution des problèmes :

Le but est de planifier des choses chaque jour de manière à moins ressentir le vide en soi, puisque l'esprit sera occupé par l'action en cours de réalisation.

 

Action sur les pensées :

  • Pensées alternatives :

L'action repose sur l'identification des pensées alternatives, plus rationnelles, aux pensées automatiques, qui envahissent l'esprit, telles que : « il ne m'aime pas, je ne vaux rien de toute façon... ».

 

Exemple de pensée alternative : « il travaille, c'est normal qu'il ne me réponde pas rapidement ».

  • Scénario du pire :

Le scénario vise à se demander ce qui se passerait au pire, en l'absence de réassurance de la part du conjoint. Il faut commencer par la première pensée qui vient, et la questionner à nouveau jusqu'à obtenir la pensée la plus profonde, à l'origine de la dépendance.

 

Exemple dans le cadre où le conjoint ne répond pas au sms : « je serai très angoissé » ; et donc ? « je ne pourrais rien faire » ; et donc ? « je culpabiliserais » ; et donc ? « je ne serais pas contente de moi » ; et donc ? « je me dirais que je ne vaux rien ».

 

Cette technique est très puissante car elle permet de mettre à jour la pensée profonde à l'origine de la pensée automatique. De plus, elle a le mérite de se détacher du scénario de base et de travailler sur la vraie difficulté. Ici, la principale problématique est le manque d'estime de soi qu'il est indispensable de renforcer.

 

Action sur les émotions :

  • Techniques de relaxation et de méditation :

Le jeu va consister ici à remplacer la réponse au stimulus désagréable, par exemple l'angoisse d'abandon, par une méthode de relaxation (respiration abdominale, cohérence cardiaque, sophrologie...) ou/ et de méditation (Pleine conscience, méditation guidée...).

  • Emotional Freedom Techniques (EFT) :

C'est la version émotionnelle de l'acupuncture sans aiguille. L'EFT consiste à tapoter sur certains points en évoquant ou en se remémorant la situation désagréable.

 

Le but de la manœuvre est, d'une part, d'installer la relaxation, et d'autre part, de soulager la souffrance occasionnée par l’événement difficile. La charge émotionnelle est ainsi supprimée.

 

 

Toutes ces méthodes peuvent être utilisées de concert. En tout état de cause, la dépendance affective est expliquée au client/ patient pour lui permettre de comprendre son comportement.

 

La dépendance affective n'est pas une fatalité. Il est possible de s'en sortir après un travail sur soi et à ce titre, qui demande du temps, de la persévérance et de la patience.

 

 

Edouard de Nouel, Psychopraticien à Tours (37)

Le mal être sévit dans les campagnes...

 

Le désespoir a gagné les campagnes

 

Aujourd'hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, faisant du suicide la 2ème cause de mortalité après le cancer. Si les agriculteurs se suicident 20 à 30 fois plus que les autres catégories socio-professionnelles, les producteurs laitiers et les éleveurs de bovins sont les plus touchés avec une surmortalité par suicide de 52 % chez les hommes. En 2016, le nombre de passage à l'acte a été multiplié par trois1.

 

Le fort risque de suicide est en lien direct avec le « burn-out » qui sévit aussi dans le monde agricole. Une étude récente révèle qu'environ ¼ de la population agricole serait victime « d'épuisement professionnel », plus connu sous l'appellation anglaise de « burn-out ». Syndrome lié au stress chronique, le burn-out marque la phase durant laquelle l'organisme se trouve dépassé et ne parvient plus à faire face aux agents stresseurs. L'organisme, après avoir tenté de résister, demeure maintenant complètement épuisé, la personne se retrouvant alors dans une situation de vulnérabilité qui ne fera que s'aggraver si une action n'est pas entamée sur les agents stresseurs.

 

En clair, le stress s'est totalement emparé des personnes victimes de burn-out, à tel point qu'il les a complètement « vidées » de toute énergie. Les individus se sentent alors épuisés physiquement et psychiquement.

 

La détresse morale dans laquelle se trouve le monde agricole peut malheureusement conduire au suicide, complication du burn-out, tout comme la dépression. La population agricole présente en effet également un risque élevé de dépression.

 

Facteurs de risque de l'épuisement professionnel, dit « burn-out »

 

Selon les experts, personne n'est à l'abri du burn-out. Pour autant, celui-ci n’apparaît pas ex nihilo (« à partir de rien »), des facteurs de risques doivent être présents pour que le syndrome se développe, parmi lesquels :

  • les difficultés à poser ses limites dans un contexte de surcharge de travail ;

  • faire de son travail le centre de sa vie ;

  • faire preuve de perfectionnisme ;

  • le déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue ;

  • le faible soutien social ;

  • la communication insuffisante ;

  • avoir une conscience professionnelle élevée...

Le burn-out est multi factoriel, c'est à dire que plusieurs facteurs doivent être réunis pour conduire à l'épuisement professionnel.

 

Le quotidien de dur labeur des agriculteurs

 

Sans vouloir dresser un portrait caricatural de l'agriculteur, celui-ci aime le plus souvent son métier, si bien qu'il ne compte pas ses heures de travail, échelonnées entre le lundi et le dimanche, avec très peu de repos. La charge de travail est en effet importante, laquelle est la plupart du temps à accomplir seul(e). Aussi considérable soit-elle, le salaire qu'il peut se verser ne dépasserait parfois pas 350 euros, pour en tout cas la moitié des producteurs laitiers et les éleveurs de bovins, dont la plupart est particulièrement endettée, pour ne pas dire surendettée.

 

Ce tableau ne prédispose donc certainement pas les agriculteurs, en général, et les éleveurs laitiers et de bovins, en particulier, au bien être général.

 

La conjoncture économique actuelle et le manque de reconnaissance sociale nocives au bien être des agriculteurs

 

Si les conditions de travail ne sont sans doute pas nouvelles, à savoir la charge de travail et la solitude, ce qui l'est davantage est la conjoncture économique peu favorable (baisse générale du pouvoir d'achat, baisse des cours de la viande et du lait, taux d'emprunt élevés...).

 

Alors que les agriculteurs travaillent sans relâche, ils ne sont nullement rémunérés à la hauteur du travail fourni. Bien au contraire, ils connaissent une situation financière plutôt déplorable, avec un endettement conséquent. Il n'est donc pas étonnant que ces forcenés du boulot se découragent. On se trouve pleinement dans le déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue, facteur à risque important de burn-out.

 

Des mesures concrètes pour prévenir les risques de burn-out chez les agriculteurs: une question de santé publique 

 

Étant donné le haut danger de présenter un syndrome « d'épuisement professionnel » pour les agriculteurs, il est plus que jamais indispensable d'adopter des méthodes de « gestion du stress ».

 

Certaines mesures peuvent être mises en place au quotidien dans le but d'améliorer considérablement l'état psychique afin de s'adapter correctement au stress du quotidien.

 

Quelques mesures utiles :

  • communiquer sur ses difficultés à ses proches ;

  • avoir un lien social avec les autres ;

  • prendre du temps pour soi ;

  • faire une sieste, même courte, dans l'après-midi ;

  • écrire les problèmes et proposer des solutions...

  • Communiquer sur ses difficultés à ses proches : se sentir soutenu est indispensable. Le soutien social est un rempart au stress chronique qui permet d'atténuer la souffrance ;

     

  • Avoir un lien social avec les autres : avoir une vie sociale, même une seule fois par mois, permet de se décentrer de ses problèmes, de son quotidien, et partager des moments agréables afin de retrouver un peu de gaieté. Le lien social permet également de rompre l'isolement, assez fréquent dans le monde agricole ;

     

  • Prendre du temps pour soi (écouter de la musique, pratiquer des exercices de relaxation, faire des étirements, lire...) : le but de cette action est d'oublier ses problèmes en pratiquant une activité plaisante, même sur une courte durée, pour retrouver un peu de joie de vivre ;

     

  • Faire une sieste, même courte, dans l'après-midi : il s'agit de retrouver, d'une part, de l'énergie et d'autre part, le calme et la sérénité. Ce type de sieste a pour fonction essentielle de faire baisser le niveau général de stress. Cette sieste ne doit pas dépasser la durée de 20 minutes pour ne pas entrer dans un sommeil profond, qui pourrait retarder l'endormissement le soir ;

     

  • Écrire les problèmes et proposer des solutions : coucher par écrit tout ce qui pose problème permet de désencombrer au moins en partie le cerveau qui ressasse en boucle tous les problèmes. Il en va aussi de même concernant le fait d'écrire les solutions en face des problèmes, qui a aussi l'avantage de faire relativiser la situation puisque contrairement à ce que l'on croit, il existe toujours des solutions, qui ne sont pas perceptibles au moment où le cerveau ressasse en permanence des idées négatives.

Pour multiplier les chances de mettre en application ces actions, les mesures peuvent être planifiées sur la journée.

 

Edouard de Nouel, Psychopraticien à Tours (37)

 

 

1Santé publique France, MSA, septembre 2016 http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Travail-et-sante/2016/Surveillance-de-la-mortalite-par-suicide-des agriculteurs-exploitants