Le mal être sévit dans les campagnes!

 

 

Le désespoir a gagné les campagnes

 

Aujourd'hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, faisant du suicide la 2ème cause de mortalité après le cancer. Si les agriculteurs se suicident 20 à 30 fois plus que les autres catégories socio-professionnelles, les producteurs laitiers et les éleveurs de bovins sont les plus touchés avec une surmortalité par suicide de 52 % chez les hommes. En 2016, le nombre de passage à l'acte a été multiplié par trois1.

 

Le fort risque de suicide est en lien direct avec le « burn-out » qui sévit aussi dans le monde agricole. Une étude récente révèle qu'environ ¼ de la population agricole serait victime « d'épuisement professionnel », plus connu sous l'appellation anglaise de « burn-out ». Syndrome lié au stress chronique, le burn-out marque la phase durant laquelle l'organisme se trouve dépassé et ne parvient plus à faire face aux agents stresseurs. L'organisme, après avoir tenté de résister, demeure maintenant complètement épuisé, la personne se retrouvant alors dans une situation de vulnérabilité qui ne fera que s'aggraver si une action n'est pas entamée sur les agents stresseurs.

 

En clair, le stress s'est totalement emparé des personnes victimes de burn-out, à tel point qu'il les a complètement « vidées » de toute énergie. Les individus se sentent alors épuisés physiquement et psychiquement.

 

La détresse morale dans laquelle se trouve le monde agricole peut malheureusement conduire au suicide, complication du burn-out, tout comme la dépression. La population agricole présente en effet également un risque élevé de dépression.

 

Facteurs de risque de l'épuisement professionnel, dit « burn-out »

 

Selon les experts, personne n'est à l'abri du burn-out. Pour autant, celui-ci n’apparaît pas ex nihilo (« à partir de rien »), des facteurs de risques doivent être présents pour que le syndrome se développe, parmi lesquels :

  • les difficultés à poser ses limites dans un contexte de surcharge de travail ;

  • faire de son travail le centre de sa vie ;

  • faire preuve de perfectionnisme ;

  • le déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue ;

  • le faible soutien social ;

  • la communication insuffisante ;

  • avoir une conscience professionnelle élevée...

Le burn-out est multi factoriel, c'est à dire que plusieurs facteurs doivent être réunis pour conduire à l'épuisement professionnel.

 

Le quotidien de dur labeur des agriculteurs

 

Sans vouloir dresser un portrait caricatural de l'agriculteur, celui-ci aime le plus souvent son métier, si bien qu'il ne compte pas ses heures de travail, échelonnées entre le lundi et le dimanche, avec très peu de repos. La charge de travail est en effet importante, laquelle est la plupart du temps à accomplir seul(e). Aussi considérable soit-elle, le salaire qu'il peut se verser ne dépasserait parfois pas 350 euros, pour en tout cas la moitié des producteurs laitiers et les éleveurs de bovins, dont la plupart est particulièrement endettée, pour ne pas dire surendettée.

 

Ce tableau ne prédispose donc certainement pas les agriculteurs, en général, et les éleveurs laitiers et de bovins, en particulier, au bien être général.

 

La conjoncture économique actuelle et le manque de reconnaissance sociale nocives au bien être des agriculteurs

 

Si les conditions de travail ne sont sans doute pas nouvelles, à savoir la charge de travail et la solitude, ce qui l'est davantage est la conjoncture économique peu favorable (baisse générale du pouvoir d'achat, baisse des cours de la viande et du lait, taux d'emprunt élevés...).

 

Alors que les agriculteurs travaillent sans relâche, ils ne sont nullement rémunérés à la hauteur du travail fourni. Bien au contraire, ils connaissent une situation financière plutôt déplorable, avec un endettement conséquent. Il n'est donc pas étonnant que ces forcenés du boulot se découragent. On se trouve pleinement dans le déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue, facteur à risque important de burn-out.

 

Des mesures concrètes pour prévenir les risques de burn-out chez les agriculteurs: une question de santé publique 

 

Étant donné le haut danger de présenter un syndrome « d'épuisement professionnel » pour les agriculteurs, il est plus que jamais indispensable d'adopter des méthodes de « gestion du stress ».

 

Certaines mesures peuvent être mises en place au quotidien dans le but d'améliorer considérablement l'état psychique afin de s'adapter correctement au stress du quotidien.

 

Quelques mesures utiles :

  • communiquer sur ses difficultés à ses proches ;

  • avoir un lien social avec les autres ;

  • prendre du temps pour soi ;

  • faire une sieste, même courte, dans l'après-midi ;

  • écrire les problèmes et proposer des solutions...

  • Communiquer sur ses difficultés à ses proches : se sentir soutenu est indispensable. Le soutien social est un rempart au stress chronique qui permet d'atténuer la souffrance ;

     

  • Avoir un lien social avec les autres : avoir une vie sociale, même une seule fois par mois, permet de se décentrer de ses problèmes, de son quotidien, et partager des moments agréables afin de retrouver un peu de gaieté. Le lien social permet également de rompre l'isolement, assez fréquent dans le monde agricole ;

     

  • Prendre du temps pour soi (écouter de la musique, pratiquer des exercices de relaxation, faire des étirements, lire...) : le but de cette action est d'oublier ses problèmes en pratiquant une activité plaisante, même sur une courte durée, pour retrouver un peu de joie de vivre ;

     

  • Faire une sieste, même courte, dans l'après-midi : il s'agit de retrouver, d'une part, de l'énergie et d'autre part, le calme et la sérénité. Ce type de sieste a pour fonction essentielle de faire baisser le niveau général de stress. Cette sieste ne doit pas dépasser la durée de 20 minutes pour ne pas entrer dans un sommeil profond, qui pourrait retarder l'endormissement le soir ;

     

  • Écrire les problèmes et proposer des solutions : coucher par écrit tout ce qui pose problème permet de désencombrer au moins en partie le cerveau qui ressasse en boucle tous les problèmes. Il en va aussi de même concernant le fait d'écrire les solutions en face des problèmes, qui a aussi l'avantage de faire relativiser la situation puisque contrairement à ce que l'on croit, il existe toujours des solutions, qui ne sont pas perceptibles au moment où le cerveau ressasse en permanence des idées négatives.

Pour multiplier les chances de mettre en application ces actions, les mesures peuvent être planifiées sur la journée.

 

Edouard de Nouel, Psychopraticien à Tours (37)

 

 

1Santé publique France, MSA, septembre 2016 http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Travail-et-sante/2016/Surveillance-de-la-mortalite-par-suicide-des agriculteurs-exploitants